Quand biodiversité rime avec protection des papillons...

un état des lieux selon Jean Haxaire

Une présentation des diverses populations des papillons en France et quelques idées pour les protéger et voir ainsi nos campagnes se remplir de ces beaux insectes pourtant menacés.
En France continentale, on évalue à 35200 le nombre d’espèces d’insectes, ce qui en fait, et de loin, la 1ère biodiversité. Les spécialistes s’accordent à dire qu’il en reste quelques milliers à découvrir, le chiffre définitif avancé tournant autour de 40 000 espèces. Parmi ces insectes, les papillons sont le 4ème groupe (en fait, le 4ème ordre) au niveau quantitatif, avec 5120 espèces connues. Le chiffre est énorme, mais cette réalité n’est pas toujours évidente sur le terrain, surtout pour le grand public qui considère qu’un papillon, c’est un animal coloré qui vole sous le soleil de fleur en fleur. Cela, c’est ce que nous appelons des Rhopalocères (=papillons de jour) qui ne représentent pas plus de 270 espèces en France. Les autres, ou Hétérocères, généralement plus discrets, presque toujours nocturnes, n’attirent pas vraiment le regard. Ils sont pourtant forts de plus de 4850 espèces, et constituent d’excellents bio-indicateurs.  Lorsque je montre en conférence des résultats d’inventaires présentant les papillons nocturnes de tel ou tel biotope, j’entends « mais tout ça, c’est la même espèce » ou bien « ce sont des mites ! ». Lourde erreur. Les Hétérocères ne sont pas des mites, ils sont mêmes souvent très beaux si on prend le temps de les observer, et leur place dans les écosystèmes est fondamentale.

 

D’où l’intérêt de protéger les biotopes, et plus encore les plantes qui abritent les chenilles de ces papillons. Il faut savoir qu’un papillon est en général inféodé à une essence particulière, et qu’il disparait si sa plante-hôte disparait. Protéger un biotope, aussi modeste soit-il, c’est s’assurer de voir les années suivantes voler des dizaines d’espèces de papillons. Dans tous les pays européens,  la Directive Européenne "Habitats, Faune, Flore" s'applique depuis le 5 juin 1994. Elle a pour objet d'assurer le maintien de la diversité biologique par la conservation des habitats naturels, ainsi que de la faune et de la flore sauvages. Cette Directive prévoit la mise sur pied d'un réseau de zones protégées, baptisé Réseau Natura 2000. La France, comme souvent très à la traine, est à l’heure actuelle la lanterne rouge des pays européens pour la mise en place de ce réseau sur son territoire.

 

 
Le sphinx de l’épilobe Proserpinus proserpina, espèce protégée par convention européenne, l’un des principaux habitants de nos fossés humides, et l’une des premières victimes de l’épareuse.
Plus modestement, ne pas faucher à ras les bas-côtés des routes, où les maintenir au minimum pendant la période de floraison peut suffire à assurer une bonne reproduction des papillons et la pérennité des populations. En effet, dans nos paysages totalement dégradés par l’agriculture, les bords de route constituent souvent la dernière réserve de vie.  Il n’existe apparemment pas de texte de loi régissant le fauchage en bord de route, laissé à la libre appréciation des acteurs concernés, communes et DDE mais il existe une solution que l’on appelle le « fauchage raisonné », avec des règles simples à comprendre et à appliquer, ayant l’avantage d’améliorer la sécurité routière, et, en même temps, d’économiser l’argent public et de minimiser l’impact négatif sur la biodiversité. Il suffit de ne pas faucher à ras, et d’éviter que l’épareuse ne touche le sol, même si aux yeux de l’usager, cela fait « plus propre ». Préserver une haie d’épilobe, des repousses de saule marsault ou laisser les bouillons blancs et autres scrofulaires atteindre leur hauteur maximale, et c’est la certitude de voir ce modeste refuge se couvrir d’insectes multicolores dès le printemps suivant.